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L’ Univers Dyslexié

par Paul Madaule

Article basé sur une conférence présentée au Cinquième Congrès International d’Audio-Psycho-Phonologie à Toronto, Canada, en Mai 1978.

Pour beaucoup, la dyslexie n’existe qu’à l’école puisque c’est le mot qui désigne les problèmes de lecture en particulier et plus généralement une inadaptation scolaire. Ici, je veux m’attarder sur l’enfant ou l’adolescent caché par le phénomène « dyslexie », précisément parce que le dyslexique existe aussi à la récréation, à la maison, avec ses amis, seul avec lui-même, dans son sommeil et dans ses rêves. Le dyslexique est dyslexique chaque seconde de sa vie.

Les parents de ces enfants savent de quoi je parle car ils sont mieux placés que quiconque pour dire à quel point il est difficile de les comprendre et de se faire comprendre d’eux. Mais souvent ces mêmes parents ne sont pas capables de déceler le rapport qui peut exister entre d’une part cet enfant si agressif ou si insupportable, ou bien si absent et distant, ou bien si triste, ou bien si capricieux, ou bien si sage, trop sage, et d’autre part, le mauvais élève de l’école.  Le dyslexique est difficile à cerner parce qu’il ne se cerne pas lui-même. Il désoriente car il est lui-même désorienté. En effet, il projette sur autrui son univers intérieur que je qualifierai de « dyslexié ». Bien malgré lui et à l’insu des autres il « dyslexie » la relation.

Les parents ne sont pas les seuls à se sentir démunis. Il en est de même pour les spécialistes. Un psychothérapeute me confiait récemment qu’il se sentait parfois désarmé face au comportement d’adolescents dyslexiques qu’il voulait aider. Il ne savait pas comment les prendre. En thérapie ils se montraient superficiels, ne manifestaient aucune motivation, donnant l’impression de jouer un rôle, de ne pas savoir ce qu’ils voulaient. Impossible d’avoir avec eux une relation claire, franche. Ce même thérapeute trouvait le travail avec certains d’entre eux si décourageant qu’il lui était quelquefois arrivé d’abandonner l’action entreprise. Ces jeunes adolescents avaient, d’une certaine façon, « dyslexié » la relation thérapeutique dont les effets s’étaient trouvés de la sorte neutralisée.

A l’école, les enseignants se trouvent également très vite désemparés « dyslexiés » par des élèves si énigmatiques. Parmi les maîtres les plus consciencieux, beaucoup d’entre eux capitulent un jour ou l’autre et de guerre lasse finissent par attribuer aux jeunes dyslexiques toutes sortes de qualificatifs tels que fainéants, paresseux, cancres, impertinents, dissipés, ahuris, mauvais esprits, pour n’en citer que quelques uns. Transmettant à leur environnement leur malaise intérieur, ces élèves deviennent souvent les boucs émissaires du groupe. Ils se retrouvent les souffre-douleur, les gêneurs, les marginaux de la classe. L’intégration au groupe scolaire se solde alors par un échec.

J’ai été moi-même dyslexique et en échec scolaire jusqu'à ce que, à l’âge de 18 ans,  quand je bénéficiai d’un programme d’amélioration de l’écoute qui m’a permis de franchir le mur de la communication effective et de devenir un de ceux qui cherchent à aider ces jeunes désemparés. Ayant vécu ce monde « dyslexié », je voudrais me faire le porte-parole de ceux qui n’ont pas franchi ce mur et qui s’égarent ; ceux qui se lassent de lire, semaine après semaine, en lettres rouges dans la marge de leurs devoirs : « mauvais », « mal dit », « nul », « bon pour faire du chiffon » ou bien « retourne au jardin d’enfants »; ceux qui gardent en eux leurs pensées et leurs ressentis par incapacité de les traduire en mots et en structures linguistiques adéquates.

Dans un premier temps, j’essaierai de vous faire ressentir l’univers que s’est bâti l’enfant en échec scolaire et dont il ne sait plus se libérer.  Vous comprendrez mieux pourquoi cette simple difficulté scolaire qu’est la dyslexie peut avoir un impact durable sur leur personnalité et contribuer par la suite à diverses affections psychologiques du type délinquance, état dépressif, replis sur soi-même ou, dans des cas extrêmes, tendance suicidaire. J’aborderai finalement quelques aspects de la démarche éducative et thérapeutique à adopter avec les dyslexiques, les adolescents en particulier.

Afin de saisir ce que peut être le drame intérieur du dyslexique, je me propose de décrire une situation sur bien des points comparables, celle de l’étranger.  Pourquoi cette analogie?  Parce que durant des séjours prolongés en pays étranger, j’ai parfois éprouvé des réminiscences de mon vécu dyslexique antérieur. Cette comparaison n’est toutefois qu’une pâle copie de l’univers du dyslexique.

Imaginez un étranger isolé dans un pays où la langue ne lui est pas familière et essayant de communiquer au moyen d’un bagage linguistique limité. L’étranger sait ce qu’il veut dire mais ne peut l’exprimer qu’incomplètement et imparfaitement. Le vocabulaire réduit et structures de phrases mal intégrées au moyen desquels il essaie de verbaliser sa pensée restent approximatifs et ne lui permettent pas de nuancer son discours. Pensant avoir compris son interlocuteur ou lassé de faire répéter, il répond en conséquence et induit des déviations qui aggravent la confusion. En quelque sorte, seul est compris ce que l’étranger a piteusement exprimé et non le message qu’il voulait transmettre. De même il répond à ce qu’il « mal-entend » et non à ce qui a été dit. Il va sans dire qu’une telle conversation devient rapidement une source de « malentendus » qui faussent le contenu du dialogue, pouvant, dans certains cas, détériorer la relation entre les deux interlocuteurs.

En outre, avoir à chercher sans cesse ses mots et essayer de comprendre le dire des autres nécessitent de tels efforts d’attention et de concentration que très vite l’étranger perd le fil de ses idées et se sent épuisé, vidé.

Quelques épisodes de cet ordre suffiront à émousser sa motivation et le décourager. Il ne faudra pas attendre longtemps avant que sa confiance en soi commence à s’émousser. Il se sent mal à l’aise en société, inhibé. De temps à autre, il prend en horreur tout ce monde nouveau qui l’entoure ; il va jusqu’à le rejeter et se sentir rejeté par lui. De tout cela se dégage une sensation de nausée, de nostalgie, le « mal de la maison » comme disent les anglais (homesickness) pour exprimer ce désir de retourner chez soi, au pays natal qui se développe peu à peu au fond de lui. Ces ressentis désagréables, qui pourraient être qualifiés de mal, ou névrose de l’étranger, sont ceux avec lesquels le dyslexique essaie, n’essaie plus ou refuse de cohabiter.

 Tomatis a montré que le phénomène dyslexie est souvent dû à un dysfonctionnement du capteur auditif qui entraîne les troubles du décryptage (lecture) et de la reproduction (écriture) de la représentation graphique des éléments sonores constitutifs de la langue parlée. En bref, nous émettons, nous lisons et nous écrivons ce que nous entendons et de la manière dont nous l’entendons.

L’analogie d’une conversation téléphonique illustre ce point de vue.  Le téléphone n’a pas été conçu pour transmettre le spectre sonore de la voix dans sa totalité mais pour restituer le strict nécessaire pour la compréhension de l’information verbale. Il est en quelque sorte un récepteur sonore déficient. Dans cette situation le message reste compréhensible tant que le vocabulaire utilisé reste familier mais dès qu’il s’agit d’un mot nouveau, il est nécessaire de demander à son interlocuteur de l’épeler. De plus, afin d’éviter les confusions il faut ajouter un mot connu dont la lettre initiale correspond à la lettre épelée (A, comme Anatole etc…)

A la différence de l’étranger, le dyslexique n’a pas de références antérieures qui lui permettraient de faire la correction sonique du message. Tout se passe comme s’il avait toujours entendu au travers d’un récepteur téléphonique. Tous les mots, toutes les lettres sont perçus et analysés par l’écoute de façon distordue. En outre il est à préciser que l’oreille de ces enfants est en règle un récepteur beaucoup moins fidèle que le téléphone car, à la différence de dernier, la plupart des distorsions sonores se situent au niveau fréquentiel du message verbal. En effet, les Tests d’Ecoute des dyslexiques présentent souvent de courbes de seuils en  dents de scie  ou bien des erreurs de discrimination tonale entre 500 et 3000 Hertz, zone préférentielle de la réception de la parole.  De plus, leur faculté d’écoute est particulièrement fluctuante et ces variations sont une source supplémentaire de confusion dans la recherche de repères indispensables à l’intégration et la mémorisation des nouveaux acquis. Ceci permet de mieux comprendre les difficultés que rencontrent ces enfants à se défaire en permanence de leurs fautes d’orthographe et de la grande diversité de celles-ci.

Ces quelques précisions sur la dyslexie étant données, revenons au dyslexique. Pareil à l’étranger en mal de communication pour n’avoir pas encore su adapter son écoute aux niveaux fréquentiels de la langue nouvelle, l’enfant en difficulté scolaire ne connaît sa langue qu’au travers d’une perception auditive mal établie. Le langage reste alors extérieur à lui. Il ne sait pas l’intégrer, c’est à dire s’en imprégner, l’incarner. De ce fait le langage reste pour lui lettre morte. Le dyslexique est souvent un étranger au monde de la communication verbale. La meilleure preuve réside dans sa façon de s’exprimer qui, ne l’oublions pas, nous informe sur son autocontrôle par l’oreille, sur la manière dont il s’entend parler. Dans la plupart des cas, sa voix, marmonnée, monotone, non modulée, issonante comme s’il « parlait faux ». De plus, son vocabulaire est limité. Les mots et intonations employés ne correspondent pas aux situations décrites. Les phrases sont mal construites, le discours confus, mal structuré est entrecoupé de multiples hésitations. Pour le comprendre, il faut lui faire répéter, ce qui ne fait qu’ajouter à sa frustration.

A la différence du dyslexique, l’étranger en difficulté de communication reste, malgré ses expériences désagréables, soutenu par ses acquis et sa structure d’adulte, résultat d’expériences qui lui ont prouvé ses capacités en d’autres situations. Il est solide, sûr de lui. Par contre la potentialité du dyslexique n’a jamais pu s’affirmer. Il lui manque les preuves de l’expérience. Il n’a pas de bases solides pour s’empêcher de douter et de vaciller.

De plus, la sensation de malaise dans un corps-instrument qu’il ne sait pas domestiquer est quasiment constante chez beaucoup de dyslexiques. Produit par le corps, le langage permet la rencontre, le dialogue avec soi-même, l’harmonie du corps et de la psyché.  Si ce que Tomatis a appelé la « dynamique structurante » n’est pas bien intégrée, il y a dysharmonie, dissonance intérieure, dissonance qui impose a l’enfant un univers de mal-être, univers qu’il projettera sur autrui et au travers des filtres duquel il déformera sa perception de l’autre. Souvent les dyslexiques sont maladroits dans leurs mouvements. Ils paraissent encombrés de leur corps comme d’un vêtement trop étriqué. Ils ne savent que faire de leurs membres, de leurs mains en particulier. Soit rigide, soit avachie, leur posture manque de naturel et de souplesse. Ce mauvais dialogue avec leur corps explique en partie leur timidité si fréquente et les complexes à propos de leur physique qu’ils développent dès la puberté. Le dyslexique est « dyslexié » jusque dans son corps.

Si l’étranger a du mal à les formuler, ses idées restent tout de même claires dans son esprit. Le dyslexique, privé d’un cadre linguistique précisément établi, n’a jamais eu la chance de formuler nettement ce qu’il pense et ressent. A l’instar de son langage mal structuré, ses idées restent confuses, enfouies en lui, intraduisibles. Le dyslexique est « dyslexié » jusque dans sa pensée.

Revenons une fois encore à notre étranger et à sa nostalgie. Il peut aisément remédier à son mal du pays en prenant un billet-retour et rentrer chez lui. Le dyslexique souffre également de la nostalgie d’un ailleurs perdu où le langage n’est pas nécessaire à la communication. La fugue, fréquente chez ce type de jeune en est le signe le plus éloquent. Mais chez lui, le retour au pays natal est impossible dans le réel. Il va donc l’intérioriser et le rendre plausible dans l’imaginaire des rêves, rêveries et fantasmes. La distraction est un moyen discret et efficace de fuir la réalité. Plus tard, peut-être, il cherchera ce biller-retour dans l’alcool, les drogues, certains mouvements marginaux, à Katmandou ou en Amazonie. Les marchants de rêves font fortune avec eux.

Mais toutes ces fuites se concluent toujours par un retour brutal au réel. A quoi pense un jeune dyslexique le matin quant le réveil vient enrayer ses rêves ? A l’école et aux mauvaises notes qui l’attendent. Au retour le soir à la maison avec les mauvaises notes à annoncer ou à essayer de cacher aux parents déçus ou mécontents. Le cycle d’échecs maison-école « pollue » toute son existence. On peut alors comprendre pourquoi il est souvent si difficile de les tirer du lit le matin. Comme le prisonnier dans sa cellule, il compte les jours qui le séparent des prochaines vacances-fuites tant imaginées. Quand elles arrivent enfin, le rêve à nouveau se transforme en réalité, réalité d’un univers dyslexié jusque dans les loisirs. Son malaise intérieur se transforme alors en ennui, en inertie, ferments d’angoisse et d’appréhensions ; appréhension de la nouvelle année scolaire qui se rapproche irrémédiablement jour après jour et qui portera le fardeau des échecs passés accumulés: redoublement, changement d’école, pension et autre…Il n’est pas étonnant que dans bien des cas les mauvais élèves sont ceux qui ne savent pas s’amuser.

Comme tout être psychologiquement normal, le dyslexique a besoin de communiquer, mais souvent, sa difficulté d’expression lui fait refuser le monde de la communication verbale dans lequel il vit. Le type de dialogue qu’il recherche ne peut être alors que non-verbal, c’est à dire empathique, affectif. Ce dialogue a existé dans sa plénitude au moment ou mère et enfant n’étaient pas encore deux entités distinctes, au moment ou ils ne faisaient qu’un : in utéro. Le comportement parfois immature de jeune dyslexique, étranger au monde du langage, est l’effet de sa nostalgie du pays prénatal depuis longtemps perdu.

L’adolescent ou l’adulte dyslexique est souvent à la recherche de ce paradis primal du dialogue mère-enfant au travers de ses aventures sentimentales. En règle les relations amoureuses se concluent par des déboires qui peuvent prendre pour lui des dimensions dramatiques. Si son désir devient réalité, il se retrouve rapidement lassé et déçu. Ses relations restent souvent au niveau platonique se façon à ne pas gâcher l’imaginaire, le fantasme.

La mémorisation intra-utérine grâce à la voix de la mère filtrée telle qu’elle est utilisée durant le programme d’écoute apporte une réponse concrète et directe à ce point capital chez le dyslexique ; la nostalgie de l’étranger au monde de la communication verbale et de sa transcription graphique.

L’évolution et la modification des troubles du dyslexique dépendent de plusieurs facteurs étroitement imbriqués. Le tempérament propre à chaque individualité est un point capital. Il y a ensuite l’influence de la dynamique familiale, c’est à dire le rôle respectif joué par le père et la mère ainsi que la qualité de leur relation réciproque. Le milieu socio-culturel tient aussi une place importante, ainsi que les expériences marquantes du vécu dont une naissance difficile ou prématurée, les maladies de l’enfance et en particulier celles qui affectent l’oreille tels que les otites à répétition, le stress, les frayeurs, les deuils, les séparations ou divorces des parents, la jalousie entre frères et sœurs sont les plus saillantes. Ces éléments dans l’histoire du développement peuvent provoquer chez l’enfant une attitude de retrait hors du monde dans lequel il vit, retrait qui, selon Tomatis, peut se traduire par un décrochage au niveau du capteur auditif pris dans sa fonction de trait d’union sensoriel du langage. Tout se passe comme si l’enfant refusait ou se trouvait dans l’incapacité d’utiliser son oreille pour se mettre à l’écoute.

Plus tard l’enfant devenu élève se retrouve pris au piège de son propre système de défense car il n’est plus capable d’adapter son système auditif pour « viser » les sons, c’est à dire qu’il ne sait pas se mettre à l’écoute. Le voici donc enfermé dans cet univers faussé et il en souffre. Que va t’il devenir ? A la lumière d’une compréhension meilleure de l’univers dyslexié, il est plus facile de concevoir comment celui-ci grandissant traversera la puberté, l’adolescence et deviendra adulte s’il n’est pas efficacement pris en charge sur le plan pédagogique ou/et psychologique.

Le dyslexique qui ne souffre que de troubles légers saura peut-être, à force de ténacité qui, dans la plupart des cas, n’est autre que celle de ses parents, gravir avec peine les échelons de la scolarité. Ce pénible cheminement est saccadé par les redoublements de classe qui touchent son amour-propre et cristallisent sa posture d’échec, ainsi que les changement d’écoles qui lui font perdre ses camarades et aiguisent son mal de l’étranger, du rejeté, du mal-aimé. Les efforts qu’il fournit sont disproportionnés aux résultats qu’il obtient.  La majeure partie de son potentiel est gaspillée à compenser son handicap devant la lettre. Certains dyslexiques compensent tant et si bien qu’ils se présentent comme de bons élèves et de bons étudiants, mais à quel prix! Quand la corvée scolaire, et parfois universitaire, touche tant bien que mal à sa fin, le dyslexique n’en a pas pour autant terminé avec ses misères. Elles le poursuivent jusque dans sa vie professionnelle. L’adulte dyslexique est défavorisé par son manque de mémoire, une concentration défaillante et une attention difficile à soutenir.  Sa formulation embrouillée l’empêche de se faire entendre. N’ayant pas la réplique facile, il se trouve en quelque sorte distancé durant les réunions où les joutes oratoires sont de règle. Ne se sentant pas considéré à sa juste valeur, il a recours à tous les moyens pour se dissocier de ses collaborateurs. Ce hiatus entre ce qu’il est et ce qu’il présente de lui-même apparaît comme une des causes de son intégration difficile en milieu professionnel.

Certains dyslexiques sont attirés par des activités artistiques. L’art moderne considéré tel qu’il se présente au profane permet d’abonder dans le sens de tout ce qui est « dys » : dysharmonie, distorsion, dissonance et j’en passe. Le dyslexique peut y trouver un monde d’expression qui, à priori, semble convenir à sa recherche de l’imaginaire. Il ne sera pas long a s’apercevoir que ce soi-disant mode d’expression ne communique avec rien d’autre que son propre univers dyslexié. Généralement il se lassera asse vite de ce jeu de grimaces dans un miroir, sinon, il se prendra au piège du « vouloir paraître artiste » qui ne le mènera nulle part. Cette fuite maquillée d’artistique n’a rien de commun avec l’art moderne. Qui maîtrisait mieux la forme que Picasso er la couleur que Matisse ?

Quelquefois, le dyslexique se dirigera ou sera dirigé vers un type d’activité qui ne requiert ni connaissances livresques ni la nécessité de rédiger : Activités manuelles, sportives, travail « sur le terrain ». Mais tous les dyslexiques ne sont pas capables d’assumer de telles professions qui demandent une grande habileté psychomotrice car certain d’entre eux souffrent d’une mauvaise intégration de leur schéma corporel et/ou une d’une latéralité mixte.  Quant à ceux qui jouissent d’un contrôle moteur de qualité, malgré une carrière parfois très enviable et qui semble, vue de l’extérieur, leur apporter les atouts de la réussite, ils gardent souvent au fond de soi une sensation de malaise, un reliquat de posture d’échec qui peut, dans certains cas, les emmener à remettre en question leur choix professionnel. Ils donnent l’impression d’être d’éternels insatisfaits. Tout se passe comme si leur véritable univers siégeait dans l’imaginaire et que toute réalité les déçoit.

Les séquelles de l’univers de l’ancien dyslexique qui a socialement réussi apparaissent également dans sa vie affective et peuvent perturber la dynamique du couple et de la famille toute entière. Nous pouvons avancer sans trop exagérer que le dyslexique peut être dyslexié jusque dans sa progéniture.

En résumé la vie d’adultes dyslexiques est entachée de tendances névrotiques qui peuvent affecter leur vie professionnelle et affective. Il n’est pas rare que celles-ci éclatent au grand jour au travers d’un état dépressif ou de toutes autres formes de troubles émotionnels et du comportement. L’anamnèse d’un cas de névrose révèle souvent  une scolarité difficile.

l y a ensuite le dyslexique qui s’est retrouvé adulte à son insu, contre son gré. Chez lui, tout désir de devenir et de diriger sa vie a disparu. Refusant de se prendre en charge, c’est à dire d’assumer son état d’adulte, il se laisse porter au hasard des jours et des rencontres par une existence dont il n’est pas le maître. Son manque de confiance l’a rendu influençable, sans cesse à la recherche d’images sécurisantes, maternelles, par lesquelles il tente d’épancher son immaturité affective, et d’images fortes, paternelles, auxquelles il essaie de s’identifier, d’exister par l’autre et aux yeux de l’autre. Le sens de sa vie dépend de l’orientation de ses rencontres. Avec de la chance, il sera adopté par un milieu chaleureux et structurant au sein duquel il trouvera un peu de confiance en soi-même et de goût à la vie. La malchance risque de le conduire vers des rencontres néfastes. On saura exploiter son manque d’auto-détermination et l’emmener à commettre toutes sortes de méfaits. Parfois les journaux rapportent le cas de personnes qui semblent être les premières étonnées par les délits dont elles sont accusées, comme si la réalité venait soudain interrompre un rêve. Dans quelle mesure ces « irresponsables »  ne sont pas de ceux dont je parle ?

Beaucoup de dyslexiques réagissent à leur trouble de la communication par une opposition farouche à la famille, à l’école, puis, par la suite à la société toute entière. Ces jeunes deviennent tracassiers, querelleurs et parfois violents, caractériels en somme. Leur Test d’Ecoute indique fréquemment des distorsions dans la perception des sons qui la rendent à tel point désagréable, voire intolérable, que toute communication verbale est vécue comme un heurt, une agression vis-à-vis de laquelle ils réagissent par l’agressivité. Ceci signifie que le dyslexique le plus violent  est dans bien des cas un faux caractériel à ne pas confondre avec un psychopathe. Il n’agit pas de la sorte par perversion, c’est son mal qui s’exprime. Son cri est un cri de détresse incompris. Sa violence est une tentative de libération d’une souffrance profondément ancrée en lui. Révolte, destruction, comportement délinquant sont d’autant d’outils qu’il s’est forgé pour détruire sa cruelle réalité,  autant de formes de fuite.

Et puis il y a la fuite en soi-même, le retrait, l’introjection totale dans l’univers dyslexié. Ici, l’agressivité, la haine, la violence sont enfermées dans le moi profond du sujet incapable de casser sa carapace. Depuis trop longtemps ses difficultés de communication verbale l’empêchent de s’exprimer, de se confier, de se reposer sur l’autre. Un tel conflit interne devient ferment d’angoisses insoutenables. Le suicide est une des fuites possibles, l’autre réside dans la dissolution psychotique, sorte de mise à mort du conscient. Quoique rarissimes, ces extrêmes ne doivent pas pour autant être oubliées.

Cette description succincte des séquelles de l’univers dyslexié montre à quel point il est nécessaire de déceler la dyslexie au plus tôt, avant même que l’enfant n’en souffre et à l’endroit ou il se trouve la majeure partie de son temps : à l’école. C’est également à l’école que le redressement de ce trouble doit être envisagé.

Pris en charge dès les premières années de la scolarité, il est possible de diminuer les effets de la dyslexie grâce à des méthodes pédagogiques du type Baltz ou Montessori. Non seulement motivantes, actives et concrètes, ces méthodes permettent la mise en place des processus d’intégration en exploitant l’activité sensori-motrice de l’enfant. De plus, elles envisagent la lettre comme représentation graphique des sons, c’est-à-dire qu’en pratique elles associent les mécanismes de la langue parlée et de la langue écrite. De ce fait elles attribuent une place de choix à l’oreille prise comme vecteur premier de l’intégration linguistique.

Nous avons vu que le dyslexique est un étranger à sa propre langue à cause d’un capteur auditif déficient. La difficulté de toute technique pédagogique face aux élèves dyslexiques réside en ce que les informations sonores qu’il perçoit sont, quelque soit leur qualité réelle, irrémédiablement dénaturées. C’est pour palier cette difficulté qu’intervient l’effet correcteur de l’Oreille Electronique. Placée en milieu pédagogique elle devient un instrument au service de l’éducateur car elle lui permet d’être véritablement entendu par l’enfant. Quant à ce dernier, elle lui offre la possibilité d’utiliser le langage pour se rencontrer lui-même et atteindre l’autre. L’Oreille Electronique agit comme un catalyseur de parole. Une fois cette éducation de l’écoute menée à bien, élève et maître sont « branchés » sur la même longueur d’onde : le message passe, l’intégration devient non seulement possible mais aussi plaisante.

La plupart des enfants dyslexiques sont immatures et régressifs. Repliés dans l’imaginaire, ils sont installés dans le royaume passé et ne peuvent ni veulent en sortir. Dans ce cas, avant d’intervenir sur le plan de l’intégration il est nécessaire de leur insuffler l’envie de regarder le réel en face en leur donnant la chance de réaliser  ce voyage-retour au paradis perdu. La mémorisation intra-utérine telle que pratiquée durant le programme d’écoute aide l’enfant à accepter l’éveil à la réalité présente, éveil qui se manifeste par le désir d’apprendre à devenir, désir auquel l’éducateur saura répondre en l’inondant de cette dynamique structurante qu’est le langage.

La question du redressement de la dyslexie se pose d’une autre manière à partir de 12 à15 ans. La plupart des spécialistes estiment que, passé cet âge, ce trouble est incurable. Tout se passe comme si au moment de la mutation pubertaire, l’univers dyslexié se refermait sur lui-même et empêchait désormais toute action pédagogique et rééducative. C’est à ce moment qu’apparaît de façon saillante la nostalgie de l’étranger-dyslexique et que le problème éducationnel jusqu’alors, glisse progressivement vers le champ des névroses. Tout le monde s’accorde alors pour envoyer notre étranger devant la lettre consulter le psychothérapeute, lequel réagit souvent comme celui que je mentionnais au début.

Pourquoi les psychologues sont-ils démunis devant l’adolescent dyslexique ? Parce que leur principal outil thérapeutique est la communication verbale, noyau de la problématique du dyslexique. Croiriez-vous en la beauté si elle était décrite avec des mots qui sonnent laid ? Et puis, que faire avec cette communication verbale ?  Traduire son mal en mots et phrases ? Le formuler ? Il ne sait pas le faire, c’est avant tout de cela dont il souffre. Dévoiler son univers, son seul refuge ? Il s’y refuse. Les principaux atouts de la psychothérapie, à savoir formulation et introspection, ne peuvent que raviver les plaies. Réflexe du « patient » : la fuite. Le dyslexique est passé maître dans l’art de fuir.

La névrose du dyslexique pose donc in problème particulier que Tomatis a tenté de résoudre. L’effet correcteur de l’Oreille Electronique et celui de la mémorisation intra-utérine sur la nostalgie de l’univers prénatal ont déjà été mentionnés. Mais cela ne suffit pas, l’adolescent dyslexique a besoin tout au long de son programme d’écoute d’un soutien psychothérapeutique qui ne tombe pas dans les travers des approches classiques.

Putôt que de long discours, je me propose de relever quelques souvenirs et réflexions sur mon propre cheminement thérapeutique avec le Docteur Tomatis. Je pense en effet que ce type de soutien est bien adapté au besoin de l’adolescent dyslexique.

Tomatis n’était pas le premier spécialiste que je rencontrai. Mes parents m’avaient fait « voir » partout. Tout avait échoué. J’étais plus que jamais le dernier en classe à tel point que l’école ne voulait plus de moi. En effet les résultats se révélaient tellement catastrophiques que l’on m’avait écarté du cycle de la scolarité. Pas question d’un apprentissage technique : j’étais incapable de tenir un outil et, surtout, je ne me sentais pas attiré par les activités manuelles. Malgré cette succession d’échecs, la première rencontre avec Tomatis ranima immédiatement mon espoir.

Je me rappelle avoir été particulièrement sensible au fait que, pour la première fois, quelqu’un comprenait mon mal, savait verbaliser clairement ce que très indistinctement je ressentais au fond de moi sans jamais avoir su le définir et, à fortiori, le formuler. A la différence des autres spécialistes rencontrés auparavant, il ne me demandait pas de m’expliquer. C’est lui qui me racontait. J’ai toujours gardé en mémoire la justesse et la précision du portrait qu’il traçait de moi. Un portrait nettement plus ressemblant que nature. Tout ce qui n’était pas véritablement moi-même mais que j’avais inclus dans mon univers pour essayer de comprendre qui j’étais, tout le masque en quelque sorte, y était éliminé. Je me reconnaissais fort bien, mais comme transfiguré, tel que j’avais toujours confusément souhaité être. En bref, il avait ancré en moi une image « non dyslexiée » qui fut le fil d’Ariane de mon périple thérapeutique.

Tomatis ne posait aucune question sur mes difficultés, mon passé, ma scolarité. Il avait en main mon Test d’Ecoute et me parlait comme s’il m’avait toujours connu. Il me disait qui étais-je capable de devenir et dissipait le plus naturellement du monde la brume dans laquelle ma vie s’était longtemps égarée. Tout devenait si simple, si évident. Son naturel et son calme scellaient en moi la certitude de ce qu’il avançait.

Il me proposa enfin de venir le voir dans son Centre à Paris afin de nous atteler ensemble à résoudre ces « petites misères » qui me gênaient. Petites misères dont je m’étais fait un monde. Petites misères dont nous n’avions même pas parlé ! Il me dit que c’était moi et non mes parents qui devaient prendre la décision de la « cure ». J’acceptais sur le champ cette proposition.

Je me souviens lui avoir demandé avant de nous quitter si cette entreprise n’allait pas « changer mes rêves ». Quand on s’est bâti un univers, on a du mal à le quitter, même si on en souffre. Telle fut ma première résistance, et ce ne fût pas la dernière ! Cette entrevue, si précisément fixée dans mon esprit, fut de courte durée.

Inutile de préciser que cet entretien eut un effet totalement différent, opposé même, à tous les précédents. Loin de me retrouver écrasé sous les problèmes qui me restaient à résoudre – sensation très désagréable que j’avais ressentie après chaque visite chez un spécialiste – j’étais comme allégé de ce mal car, au lieu d’insister sur ce qui n’allait pas, Tomatis sut discerner ce qui était positif en moi et dialoguer avec. Il ne parlait pas au dyslexique, il s’adressait à celui que la dyslexie avait peu à peu éclipsé.

Cette première entrevue révèle le fil conducteur de l’entretien thérapeutique tel qu’il était pratiqué par Tomatis. Je me propose d’en déceler les lignes de force étant bien entendu que, d’une part, c’est l’ensemble de tous les éléments qui donne à l’entretien sa spécificité et sa valeur et, d’autre part, une approche thérapeutique ne peut-être standardisée. Elle doit cadrer parfaitement avec le tempérament du thérapeute et le naturel en est un atout nécessaire. De cette approche il faut donc en retenir l’esprit bien plus que son style. Je ne propose ici qu’une ébauche qui nécessiterait bien des développements.  

Une compréhension profonde et totale du monde caché du dyslexique est indispensable à l’invitation au dialogue. La seule connaissance des symptômes est insuffisante, à la limite même trompeuse. Naturellement, le thérapeute qui a vécu les queues de classe et tout ce qu’elles compotent est privilégié, à la condition bien entendu, qu’il ait su surmonter, du moins en partie, ses difficultés. Je souhaite que cette communication aura apporté quelques éclaircissements sur cet univers si particulier et, je présume, si hermétique à qui ne l’a pas vécu. Je n’exagère pas trop en disant que le huis-clos du dyslexique est, à peu de choses près, identique chez tous. Les variations sont le fait du vécu et du tempérament propres à chacun, ainsi que la profondeur des troubles.

Comme nous l’avons vu, la première rencontre avec le thérapeute, les premiers mots échangés sont déterminants pour la bonne marche de la thérapie. Comment alors éviter cette épreuve particulièrement désagréable pour le « patient » qu’est l’incontournable interrogatoire de la première visite ? Le dyslexique en a souvent « subi » d’autres auparavant. Il ne peut se chasser de l’esprit l’idée qu’il est assis au banc des accusés et que le thérapeute, malgré ses grands sourires, est un juge qui,  à un moment ou a un autre laissera tomber sa sentence : x heures de rééducation ou autre chose. Il est pourtant nécessaire de posséder une anamnèse et des tests pour cerner au mieux les tenants et les aboutissants des troubles avant même de songer à leur redressement. Ce problème est résolu en demandant à un ou aux parents de remplir à l’avance le questionnaire d’anamnèse. Fort de tous les éléments nécessaires, le thérapeute peut, dès le tout début de l’entretien, établir le dialogue, parler à l’adolescent comme s’il le connaissait déjà et laisser de ce premier contact une impression différente, spontanée, positive.

Le dyslexique gravite à tel point autour de ses troubles qu’il en arrive à se couper du meilleur de lui-même. Sa propre image lui est renvoyée comme au travers d’une glace déformante qui distord tout. Le rôle du thérapeute consiste à focaliser son intérêt sur la polarité saine du sujet de façon à contrebalancer cette perception faussée, « dyslexiée », et à lui faire prendre conscience de sa dimension positive véritable.

L’existence du dyslexique est un chemin tortueux sur lequel il s’égare. Si le thérapeute le suit dans cette voie, ils sont deux à se perdre. La relation thérapeutique est « dyslexiée ». Par contre, en lui indiquant la ligne droite, le thérapeute le « remet sur rails ». Pour cela il doit lui apprendre à discerner l’essentiel en minimisant les éléments avec lequel le dyslexique a bâti son univers. Minimiser les préoccupations, c’est ne pas s’y étendre ou ne pas les prendre trop au sérieux. Nous avons vu que durant l’entretien avec Tomatis, l’univers dyslexié se trouvait réduit à quelques « petites misères » qui ne furent presque pas mentionnées. Plus tard nous avons abordé les « misères » les plus tenaces, mais en vue d’en déceler ensemble les enseignements que je pouvais en tirer. Le pire des maux recèle du positif qui devient une qualité le jour où le trouble est surmonté.

Si, les premières minutes de notre rencontre, j’avais fait confiance au Dr Tomatis, c’est parce que j’avais de suite ressenti de la réciprocité. Je dis bien que je la ressentis car il ne me l’a pas signifié. Nous touchons ici un des points les plus importants de l’entretien : la conviction du thérapeute en la réussite de l’action entreprise. Les dires du type « je suis sûr que tu peux y arriver » n’ont aucun sens pour celui ou celle qui souffre d’avoir tout échoué et pour qui les mots ont perdu tout impact. De telles assertions ne peuvent que hérisser davantage. Le dyslexique a trop entendu ce genre de leitmotiv. La confiance est comme un fluide qui émane du thérapeute et invite le sujet à dialoguer de sensibilité à sensibilité. Ce message de foi et d’amour passe au delà de tout langage. Beaucoup de dyslexiques, fâchés avec les mots mais souvent avides de toute autre forme de communication, se montrent particulièrement réceptifs à cette forme d’échange où tout est dans la manière. La certitude du thérapeute nécessite une grande maîtrise de lui-même, une connaissance parfaite des techniques mises en œuvre et, avant tout, une conviction absolue en la potentialité endormie du sujet. Une telle démarche vers l’autre implique de croire en l’esprit qui habite tout être afin de dialoguer avec. Esprit se dit psyché en grec.

Lors de notre premier entretien, la décision d’un traitement ne fut prise ni par Tomatis, ni par mes parents, mais par moi-même. En prenant cette décision, j’assumais une responsabilité, je m’impliquais, j’acceptais de participer activement à l’action entreprise. Cette décision était un choix. Le thérapeute me faisait confiance, j’y répondais positivement. Une page de ma vie était tournée. L’adolescent fixé dans son passé laissait la place à l’adolescent qui prend une décision pour son devenir d’adulte. Ce consentement était une prise en charge de moi-même par moi-même et non par le thérapeute. Lui, allait être présent pour guider, expliquer, donner un conseil, une opinion, pour éduquer le discernement qui fait tant défaut au dyslexique. En bref, le but du thérapeute est de montrer au sujet comment devenir son propre thérapeute.

Une des lacunes de la psychothérapie du dyslexique est la communication verbale qu’elle nécessite. Ceci explique la brièveté des entretiens avec Tomatis. En effet le dyslexique ne peut en général soutenir son attention plus de 5 ou 10 minutes. Tout doit donc être dit dans ce laps de temps. On remarque d’ailleurs, et pas seulement avec les dyslexiques, que passé un quart d’heure environ, ce sont souvent les mêmes thèmes qui reviennent comme si l’entretien commençait à tourner en rond. De plus, durant le programme d’écoute, peu d’entretiens sont préconisés : un ou deux toutes les 15 heures d’écoute sous Oreille Electronique sont largement suffisantes pour permettre au sujet d’assumer seul les passages et les prises de conscience induits par le programme. Tomatis comparait le rôle du thérapeute à celui de l’accoucheur qui n’est pas là pour faire naître ; la vie s’en charge, mais pour intervenir aux moments critiques. Comme la naissance, la guérison est une émergence de l’être appelé par la vie. Cette vie se trouvait jusqu’alors présente, mais dissimulée derrière le carcan de l’existence. La chance est donnée à l’être de la rencontrer. Le thérapeute n’est  là que pour canaliser cette source qui s’achemine vers le conscient. Mais si, comme l’accoucheur, il n’intervient qu’aux moments critiques, il reste cependant présent à tous les instants du passage.

Durant ce cheminement thérapeutique je n’ai jamais pensé que son but était un meilleur rendement scolaire. Cette amélioration n’est pas la finalité du programme d’écoute. Celui-ci a pour objectif d’augmenter le niveau de conscience du sujet et de lui faire rencontrer l’autre. Je me débarrassais de ma dyslexie afin de me réconcilier avec moi-même et, grâce à cela, avec le monde dans lequel je vivais et que je percevais de plus en plus clairement au fur et à mesure que j’émergeais de cet univers dyslexié. La réussite scolaire était un moyen parmi d’autres de m’acheminer vers ce devenir que je désirais vivre avec impatience. J’avais établi une frontière entre le présent encore tout entaché de passé et le devenir, à la fin de la scolarité, plus exactement au baccalauréat. Je focalisais toute mon énergie à préparer ce passage décisif. J’étais guidé par le Dr Tomatis qui m’aidait à envisager avec de plus en plus de précision mon orientation future. Mes études avaient maintenant un sens: « devenir », et plus clairement après quelques mois, devenir psychologue.

© Paul Madaule, 1978, 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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